Découvrez les récits du Canal Perdu
1 : La Dernière Chanson Du Canal 9
2: La Première Partie Disparue

1 : La Dernière chanson Du Canal 9
En 1987, une petite station de télévision locale du nord de l’Ontario diffusait ses émissions sur le canal 9. La station était si petite que personne ne s’en souvient aujourd’hui. Elle a fermé en 1991 après un incendie dans le bâtiment principal.
Officiellement.
Officieusement, certaines personnes prétendent que la station a continué à émettre pendant plusieurs semaines après l’incendie.
Toujours sur le canal 9.
Toujours après minuit.
Le phénomène a commencé quelques jours après la fermeture. Des familles rapportaient qu’en laissant leur télé allumée durant la nuit, elles tombaient parfois sur un programme étrange.
Il n’y avait pas de publicité.
Pas de logo.
Pas d’animateur.
Seulement une scène vide.
Une scène de spectacle.
Comme dans un vieux bar.
Un unique micro au centre.
Et un jeune homme debout devant.
Les témoins décrivaient toujours le même détail.
Il ne bougeait presque jamais.
Comme s’il attendait.
Puis, après plusieurs minutes de silence, il commençait à chanter.
Une chanson inconnue.
Toujours la même.
Personne n’a jamais réussi à identifier les paroles.
Les gens enregistraient parfois l’émission sur cassette VHS, mais lorsqu’ils réécoutaient les bandes, la voix semblait différente.
Certaines personnes juraient entendre une chanson d’amour.
D’autres un adieu.
D’autres encore un appel à l’aide.
Aucune cassette ne contenait exactement la même chanson.
En 1993, un ancien technicien de la station aurait raconté quelque chose d’étrange.
Quelques mois avant l’incendie, un jeune musicien se serait présenté au studio.
Dix-huit ans.
Cheveux longs.
Veste de jeans délavée.
Guitare acoustique usée.
Il aurait demandé à enregistrer une chanson.
Une seule.
Le directeur aurait accepté parce que le studio était vide.
Selon le technicien, la séance aurait duré moins de dix minutes.
Le garçon aurait joué sa chanson en une prise.
Puis il serait parti.
Personne n’aurait jamais obtenu son nom.
Le ruban aurait été rangé dans les archives.
Fin de l’histoire.
Du moins, jusqu’à l’incendie.
Après la destruction du bâtiment, des employés sont revenus sur les lieux pour récupérer du matériel.
C’est là qu’ils auraient découvert quelque chose de dérangeant.
La salle des archives avait entièrement brûlé.
Les murs étaient noirs.
Le plafond s’était effondré.
Des centaines de bandes avaient fondu ensemble.
Sauf une.
Une seule cassette.
Posée sur une étagère métallique.
Intacte.
Comme si le feu l’avait contournée.
Une étiquette écrite au feutre noir.
Aucun nom.
Aucune date.
Seulement deux mots.
LAST SONG.
La cassette aurait été détruite quelques jours plus tard.
Du moins selon les rapports officiels.
Mais les diffusions nocturnes auraient commencé presque immédiatement après.
Toujours après minuit.
Toujours sur le canal 9.
Toujours le même chanteur.
Toujours la même scène vide.
Puis les choses sont devenues plus étranges.
Certaines familles racontaient que le chanteur semblait vieillir.
Lentement.
Très lentement.
Sur plusieurs mois.
Comme si chaque diffusion était enregistrée à une époque différente.
Son visage changeait.
Ses cheveux poussaient.
Des rides apparaissaient.
Mais personne ne comprenait comment c’était possible.
La station n’existait plus.
Le bâtiment était une ruine.
La dernière diffusion connue aurait eu lieu le 17 octobre 1991.
À 2 h 14 du matin.
Selon plusieurs témoins, le chanteur aurait terminé sa chanson pour la première fois.
Jusque-là, personne ne l’avait jamais entendu aller jusqu’au bout.
Cette nuit-là, il aurait levé les yeux directement vers la caméra.
Puis souri.
Un sourire fatigué.
Comme quelqu’un qui attendait depuis très longtemps.
Et il aurait dit une seule phrase.
Très clairement.
“Merci d’avoir écouté.”
L’image aurait disparu immédiatement après.
Le canal serait devenu de la neige.
Et il n’aurait plus jamais réémis.
Des années plus tard, quelques collectionneurs de VHS ont tenté de retrouver les enregistrements.
Certains prétendent posséder des copies.
D’autres affirment que c’est un mythe.
Mais un détail revient toujours.
Toujours.
Peu importe la version.
Peu importe la cassette.
Peu importe la qualité de l’image.
À la toute fin de la chanson, juste avant que l’écran devienne noir, on entend parfois quelqu’un dans le studio.
Pas le chanteur.
Quelqu’un d’autre.
Une voix très faible.
Comme un technicien.
Comme quelqu’un qui ne savait pas que le micro enregistrait encore.
Et cette voix murmure :
“Qui est ce gars-là ?”
Puis la bande s’arrête.
Comme si personne dans la pièce ne le connaissait non plus.
2 : La Première Partie Disparue
Pendant des décennies, cette histoire a été traitée comme une simple légende de mélomanes.
Une de ces histoires qu’on raconte tard le soir entre collectionneurs de vinyles, anciens animateurs de radio et amateurs de concerts oubliés.
L’histoire d’un groupe qui aurait parcouru l’Amérique du Nord dans les années 1980.
Un groupe qui aurait ouvert pour des artistes aujourd’hui célèbres.
Un groupe qui aurait été sur le point de connaître le succès.
Et pourtant…
Personne ne semble capable de prouver qu’il a réellement existé.
Son nom aurait été The Hollow Saints.
Les premières mentions du groupe remontent à 1984.
Selon plusieurs témoignages, The Hollow Saints serait apparu presque simultanément dans plusieurs petites salles de spectacle à travers le continent.
Le groupe était décrit comme composé de quatre musiciens dans la vingtaine.
Un chanteur maigre aux cheveux blonds décolorés.
Un guitariste silencieux.
Un bassiste qui portait constamment une veste de cuir usée.
Et un batteur dont personne ne semble se rappeler le nom.
Étrangement, lorsqu’on compare les descriptions recueillies au fil des années, elles se ressemblent presque toutes.
Comme si les témoins parlaient des mêmes personnes.
À l’époque, leur style aurait été difficile à définir.
Les journaux locaux les décrivaient parfois comme un groupe punk.
D’autres parlaient de rock alternatif.
Certains les comparaient à des groupes qui n’existaient même pas encore.
Un critique musical de Winnipeg aurait écrit en 1985 :
« Ils sonnent comme le futur d’un genre qui n’a pas encore été inventé. »
L’article n’a jamais été retrouvé.
Seule la citation circule encore aujourd’hui.
Le véritable mystère commence avec leurs spectacles.
Des dizaines de personnes affirment les avoir vus sur scène.
Parfois en première partie d’artistes connus.
Parfois lors de festivals régionaux.
Parfois dans des salles qui ont fermé depuis longtemps.
Les témoignages proviennent de villes différentes.
De provinces différentes.
Parfois même de pays différents.
Pourtant, ils racontent tous essentiellement la même chose.
The Hollow Saints n’était jamais la tête d’affiche.
Toujours la première partie.
Toujours le groupe que personne n’était venu voir.
Et pourtant, plusieurs affirment qu’ils étaient souvent meilleurs que l’artiste principal.
En 1997, un collectionneur de billets de spectacle aurait remarqué quelque chose d’étrange.
Le nom du groupe apparaissait sur plusieurs affiches anciennes.
Plus qu’il n’aurait dû.
Beaucoup plus.
Au début, il croyait simplement avoir affaire à un groupe régional particulièrement actif.
Mais après plusieurs mois de recherche, il aurait découvert que les affiches provenaient de régions complètement différentes.
L’Ontario.
Le Manitoba.
Le Québec.
Le Maine.
Le Vermont.
La Nouvelle-Écosse.
Partout.
Comme si le groupe avait été omniprésent durant quelques années.
Mais lorsqu’il a tenté de retrouver leurs chansons…
Rien.
Absolument rien.
Aucun album.
Aucun extrait radio.
Aucun contrat.
Aucune entrevue.
Aucun enregistrement de concert.
Pas même une photographie clairement identifiable.
C’est alors qu’un détail troublant a commencé à émerger.
Les gens se souvenaient du groupe.
Mais jamais de sa musique.
On pouvait montrer le nom The Hollow Saints à quelqu’un.
La personne répondait parfois :
« Oui, je connais ça. »
Puis quelques secondes plus tard :
« Attends… non finalement je pense pas. »
D’autres affirmaient les avoir vus en spectacle.
Pouvaient décrire la scène.
Les lumières.
Les vêtements.
L’ambiance.
Mais dès qu’on leur demandait de fredonner une chanson…
Leur mémoire devenait soudainement vide.
En 2008, un forum consacré aux médias perdus publia un sujet devenu célèbre.
Le titre était simple :
Quelqu’un se souvient-il de Stay Until Morning ?
En quelques jours, des centaines de réponses apparaissent.
Le phénomène est étrange.
Presque personne ne prétend posséder la chanson.
Mais plusieurs personnes jurent reconnaître le titre.
Certaines affirment même avoir été obsédées par ce morceau durant leur adolescence.
Pourtant, aucune ne peut citer une seule parole.
Pas une seule note.
Pas un seul accord.
Une utilisatrice écrit :
« Je sais que cette chanson existait.
Je me rappelle l’avoir écoutée plusieurs fois.
Je me rappelle même avoir pleuré en l’entendant.
Mais je suis incapable de dire pourquoi. »
Un autre répond :
« C’est ridicule mais je crois connaître le refrain.
Chaque fois que j’essaie de m’en souvenir, il disparaît immédiatement. »
Les discussions se multiplient.
Les théories apparaissent.
Certaines absurdes.
D’autres étonnamment crédibles.
Puis survient l’événement qui fera entrer l’affaire dans la légende.
À l’été 2018, un collectionneur de cassettes affirme avoir trouvé une bande promotionnelle dans une boîte achetée lors d’une vente de succession.
La cassette est usée.
Sans pochette.
Sans date.
Une simple étiquette blanche collée à la main.
On peut y lire :
STAY UNTIL MORNING
THE HOLLOW SAINTS
MASTER COPY
Le collectionneur annonce qu’il va numériser le contenu.
Plusieurs internautes attendent le résultat.
Trois jours plus tard, il publie un message.
Très court.
Très étrange.
« La cassette est probablement authentique.
Je vais avoir besoin d’un peu de temps. »
Ce sera son dernier message concernant l’enregistrement.
Quelques semaines plus tard, son compte est supprimé.
La cassette ne réapparaît jamais.
Personne n’a pu vérifier son histoire.
Personne ne sait si la bande existait réellement.
Personne ne sait ce qu’elle contenait.
Aujourd’hui, plus de quarante ans après la supposée apparition du groupe, le mystère demeure entier.
Les archives musicales n’offrent aucune réponse.
Les maisons de disques n’ont aucun dossier.
Les stations de radio n’ont aucune trace.
Même les historiens de la musique alternative peinent à expliquer pourquoi autant de personnes semblent partager le même souvenir.
Peut-être que The Hollow Saints n’a jamais existé.
Peut-être qu’il s’agit simplement d’une légende née d’affiches mal imprimées et de souvenirs déformés.
Ou peut-être qu’un groupe est réellement passé à travers les mailles de l’histoire.
Assez connu pour être reconnu.
Assez oublié pour disparaître.
Une chose demeure toutefois particulièrement troublante.
Lorsque des chercheurs montrent le titre Stay Until Morning à des personnes nées dans les années 1970 et 1980, certaines réagissent presque instantanément.
Elles froncent les sourcils.
Sourient légèrement.
Puis répondent souvent la même phrase.
La même phrase, encore et encore.
« Attends…
Je connais cette chanson-là. »
Et lorsqu’on leur demande de la chanter…
Elles en sont incapables.